Pourquoi je me suis formée à la technique vocale et ce qui m’a freiné?

Cet article va vous sembler peut être venu de nulle part, mais c’est en discutant avec plusieurs amies professeures de chant, ainsi qu’avec plusieurs élèves en formation que m’est venue cette idée d’article… il ne va surement pas plaire à tout le monde et en même temps j’aurai aimé le lire quand je me suis lancée dans l’enseignement du chant pour m’éviter des déceptions.

Les discussions que j’ai eu avec mes amies m’ont rappelé mes « débuts » de professeure de chant, ce moment où l’on passe de « simple chanteuse » à « prof » et tous ces moments où j’ai vraiment galéré !

Le jour où j’ai voulu devenir prof de chant !

Pour ma part, c’était une copine à moi qui chantait dans une chorale qui m’a demandé de lui filer quelques conseils, parce que « toi, tu chantes bien, j’aimerais que ça sonne pareil ». Ce jour-là, je lui ai dit de venir à la maison, on a chanté 1h dans mon bureau ; elle chantait juste, en rythme, mais il y avait un truc qui « sonnait » effectivement « pas comme moi ». Le son était « dans le nez » et je n’arrivais pas à lui faire sortir « par la bouche »…
Vous avez vu, je mets beaucoup de mots entre guillemets. Ce n’est pas pour faire plus cool, mais parce qu’à l’époque déjà, je n’avais AUCUN vocabulaire et que mine de rien, 4 ans plus tard, je me rends compte à quel point avoir les bons mots, comprendre de quoi on parle et savoir reformuler est très important et permet surtout de trouver les bonnes solutions.

Bref, son souci, c’était un problème de résonance : elle chantait avec un son très nasillard qu’elle n’arrivait malheureusement pas à réduire.
C’était un souci que moi, je n’avais jamais eu, et comme je n’avais pas été formée à la technique vocale à l’époque à travers une formation pro, je m’appuyais uniquement sur les cours que j’avais eues en tant qu’élève. Cours qui répondaient à MES problématiques…

Ils étaient nombreux : plus de 10 ans et avec des professeurs d’horizons différents… mais AUCUN n’avait JAMAIS traité avec moi de « comment retirer du nasillard dans la voix ». Je savais en mettre et comme chez moi il se dosait seul et facilement, je n’avais jamais eu d’outils pour le travailler, donc ce jour là, j’étais un peu démunie. D’ailleurs, je ne savais même pas faire la différence entre nasal et nasillard ! C’est vous dire… et si en plus j’aurais du lui expliquer anatomiquement ce qu’il se passait, j’en aurais été VRAIMENT incapable.
Du coup, je me souviens très bien des conseils que je lui avais donnés, qui étaient avec du recul plutôt mauvais… mais sur le moment, j’y ai mis tout mon cœur et ma bonne volonté, parce que c’était mon amie et que je voulais vraiment l’aider à mieux chanter.

Au final, elle était très contente (avec du recul, je me demande pourquoi ahahah) et m’a même dit qu’il fallait que je gratte cette voie (sans mauvais jeu de mot), car j’étais à un moment de ma vie où je ne savais pas trop ce que je devais faire comme « job »…
J’ai suivi ses conseils (plus qu’elle n’a suivi les miens ce jour-là, et heureusement ! ).
Cycy, si tu me lis, sache que je te redonne un cours de chant quand tu veux ❤ !

Comment je suis devenue professeure de chant

Quand je vous dis « j’ai suivi ces conseils », cela ne s’est pas fait en 2 jours, même si dans ma tête, en bonne hyperactive que je suis : emballé, c’est pesé !

J’ai donc fait un tour chez Sauramps et à la Fnac, j’ai pris 2-3 bouquins qui me semblaient pas mal sur la technique vocale. J’ai repris 2-3 cours de chants avec des profs cools, je me suis inscrite à 1 stage d’une semaine de Gospel, j’ai suivi BEAUCOUP de chaines Youtube sur la technique vocale, en prenant plein de notes dans tous les sens et 2 mois après, je mettais ma première annonce de Professeure de chant… (j’étais pas là pour enfiler des perles !).
Car oui, en France, on peut donner des cours de chant SANS AUCUNE réelle formation, et juste sur un coup de tête finalement !

Je n’ai aucune idée du pourcentage de professeurs non qualifiés proposant des cours sur des sites tels que superprof, kelprof, voscours etc… mais je pense quand même qu’ils sont plus nombreux que des profs ayant des formations…, et avec du recul, ça fait vraiment flipper !

Je sais que je ne vais pas me faire des amies, et que si c’était moi qui lisait cet article 4 ans avant je me serais dit « elle se prend pour qui celle-là », car j’y mettais vraiment beaucoup de bonne volonté, de bienveillance et que mes élèves étaient trop contents des cours qu’ils prenaient avec moi. Mais en vrai, aujourd’hui, je me dis mais quelle cata…

Ces choses que je ne savais pas à mes débuts…

Le chant, ce n’est pas un instrument comme le piano, la guitare, où tu vois comment se crée le son et voilà… (même si je pense vraiment qu’une pédagogie d’apprentissage d’un instrument est carrément bienvenue). J’ai donc découvert que savoir bien chanter n’étais pas suffisant. Avec du recul, je préfère en rire.

Je ne savais pas faire la différence entre nasal/nasillard, bon ok, mais s’il n’y avait que ça !
Les techniques de respiration qui dataient de mes cours de plus de 10 ans en CEMM (Centre d’Enseignement des Musiques Modernes)… ils ont fait BEAUCOUP de chemin depuis, il fallait me mettre à jour… Savoir comment vibrent les cordes vocales, d’ailleurs, à quoi ça ressemble ? Je pensais vraiment que c’était 2 cordes (ou plus !) comme sur une guitare et genre le souffle passait et magie, ça faisait un son !!! (c’est mignooon, tape corde vocale dans google si tu penses pareil)
Comprendre que ce que je ressens n’est pas forcément le même ressenti chez mon élève, et qu’il faut donc connaitre plusieurs chemins pour une même technique…

Développer la proprioception pour aider à libérer sa voix… Oui la proprioception (ce mot j’ai mis 2 ans à le comprendre au passage), ce truc qui fait que tu évites de dire à ton élève « respire par le ventre et pousse dessus ensuite pour sortir un son »… my god, OUI j’ai dit ça… j’ai honte, mais je pensais vraiment que c’était comme ça parce que je l’avais entendu de presque TOUS mes professeurs d’avant… ça n’a heureusement tué personne, mais bonjour le geste vocal tout pourri.
(si tu fais partis de mes premiers élèves et que tu te sens lésés, je t’offre un cours de 30min pour m’excuser !)

Et enfin, le pire pour moi, reconnaitre la FATIGUE VOCALE.
Il faut remettre dans le contexte, j’ai appris à chanter sur du Mariah Carey, Whitney Houston, Lara Fabian et Edith Piaf. Niveau chanteuses qui envoient, on a connu plus soft. La fatigue vocale, chez moi, je croyais que ça faisait partie du game… Genre tu chantes à fond pendant 2h, ça tire un peu, c’est normal… comme après 2h de footing, si t’es pas au bord du gouffre c’est que tu n’as pas tout donné… et bien je me trompais !!!
T’es ouf, chanter ça doit te faire du bien… pas te faire mal ! (donc je commence cet article en vouvoyant, mais après 3 pages on est déjà plus intimes donc on se tutoie, j’espère que ça ne te dérange pas !).

J’ai aussi découvert qu’on pouvait avoir des pathologies vocales... HEUREUSEMENT, malgré ma désinformation totale du sujet à l’époque, je n’ai jamais rencontré d’élèves à mes débuts avec ce genre de pathologies (enfin je crois…).
Malheureusement, depuis, j’ai eu beaucoup d’élèves qui ont eu des pathologies pas très cool… Parfois des petits nodules, parfois des pathologies beaucoup plus lourdes. Ce qui m’a le plus ennuyé, c’est que pour la plupart, ils avaient été suivi pendant plusieurs mois/années par des professeurs qui n’entendaient pas qu’il y avait un souci ou pire qui disaient que c’était cool cette voix érayée… j’en ai même une qui avaient une grosse fatigue vocale et sa prof lui disait de forcer en contractant les abdos pour que l’aigu sorte malgré tout… ! (t’entends ? même Nabilla vient de dire  » non mais allo ? ») et le traditionnel chef de chœur qui « comble » son pupitre : donc tu as une voix grave, mais tu vas forcer 2h/semaines sur ta voix pour chanter aigus et faire plaisir à ton chef de chœur qui manque de soprane !? Franchement ? C’est SUPER COURANT, genre plus de la moitié de mes choristes étaient dans des mauvais pupitres avant… ça peut vraiment être très mauvais pour la voix à long terme… qu’on se le dise.

Récemment, j’ai une amie qui m’a dit que reconnaitre une dysphonie relevait plutôt du domaine du médical (type orthophonie) plus que du cours de chant. Alors OUI, reconnaitre le type de dysphonie, ce n’est pas du ressort du prof, et je trouve ça très bien de le préciser ici, d’ailleurs il est interdit d’établir un diagnostic en tant que prof, mais entendre qu’il y a un souci et émettre une réserve ou conseiller à son élève de faire un bilan vocal avec un professionnel de santé (comme un orl, phoniatre), c’est notre rôle pour éviter qu’il continue par exemple de chanter sur 2 petits nodules qui en continuant de chanter d’une manière pas très saine deviendraient très gros et ne pourraient plus disparaître avec une simple rééducation chez une orthophoniste (simple exemple).

Le regard des « profs formés » envers les « nouveaux profs »

Quand j’ai commencé à me dire que devenir professeure de chant pouvait être une réelle vocation, j’ai été étonné des remarques négatives et désobligeantes de certaines personnes.
J’ai eu beaucoup de réserves de certains proches sur le fait déjà que je n’aurai plus la sécurité de l’emploi… mais honnêtement, ça faisait des années que je ne l’avais plus (j’étais freelance dans la com’) et ça ne me perturbait pas plus que ça !!!
Ce sont plus les autres remarques, essayant d’appuyer sur mon manque de légitimité qui pouvaient me toucher notamment quand elles venaient de personnes du métier… « avant de devenir professeure de chant, tu devrais commencer par devenir chanteuse ». Celle-là résonne encore en moi 4 ans après, et je suis sûre que cette amie ne me l’a pas dit méchamment, mais à cause de cette phrase j’ai failli TOUT ARRÊTER ! Et franchement, ça aurait été dommage car je sais aujourd’hui qu’enseigner le chant était ma vocation, le travail fait pour moi à 100%, là où je m’épanouie pleinement.

Aujourd’hui, je sais que NON, je ne veux pas devenir chanteuse !
Et pour moi ce sont bien 2 métiers complétement différents avec 2 profils totalement différents.
Je pense vraiment qu’en me disant ça elle a voulu m’aider à aller vers un chemin qui peut-être résonnait plus en elle que le métier de professeure, on a souvent tendance à calquer notre vécu sur celui des autres… c’est humain.

HEUREUSEMENT, j’ai croisé la route d’Emmanuelle Trinquesse, qui m’a dit « viens on va boire un thé et on va parler », je suis sortie de là avec le sentiment d’avoir ma route toute tracée, mes doutes totalement partis aux oubliettes.

On est toujours le noob de quelqu’un

(si tu sais pas ce que c’est un noob, google est ton ami)

Lors de ma formation, il nous fallait des dizaines d’heures de stages d’observations. Bizarrement, j’ai eu BEAUCOUP de mal à trouver des professeurs qui ont accepté que je vienne observer leurs cours.
Dans la liste des excuses plus ou moins assumées : « j’ai mis des années à créer ma technique, ce n’est pas pour que tu me la piques en quelques heures », « tu vas me piquer mes élèves », « ce n’est pas quelque chose qui se fait dans notre métier »… d’autres m’ont carrément demandé de l’argent pour pouvoir juste observer (tu demanderas aussi 40 balles de l’heure à l’élève de 3ème pour son stage d’observation ?), ou même de l’argent pour « visionner des cours qu’il avait enregistré avec un élève » et je vous épargne les réponses les plus méchantes car oui il y en a eu.

Alors oui, avoir de l’expérience, avoir une formation… tout ce qui vous donne de la légitimité c’est très bien, mais si elle ne vous permet que de briller seul honnêtement, je trouve cela d’une tristesse… !!!
Plutôt que d’enfoncer des débutants, aidez-les !!!!

Voyez votre savoir comme une lumière qui se multiplie en allumant celle des autres. Une bougie ne brille pas plus en éteignant la lumière des autres bougies… et j’vous dis pas ça parce qu’on entre en pleine crise d’électricité… j’vous assure, vous allez y voir plus clair avec 2 bougies plutôt qu’une !

Je conclurai mon article ainsi, n’oubliez jamais que vous êtes quelque part le débutant de quelqu’un (ah ça y est on se revouvoie, ça pue la fin ! libéréééé, délivréééé, je ne la lierai plus jamaaaaais).
Vous trouverez TOUJOURS quelqu’un de plus compétent que vous quelque part. Continuez à apprendre et à diffuser votre savoir, c’est d’ailleurs la seule manière pour ne pas finir plus bête que nos aïeux.

Allez, tshuss

(générique de happy days pour les boomers)

3 commentaires sur “Pourquoi je me suis formée à la technique vocale et ce qui m’a freiné?

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